Saisonnier en montagne face aux défis psychologiques de l'hiver
Publié le 15 février 2024

En résumé :

  • Le manque de lumière hivernale affecte directement votre humeur ; une exposition active à la lumière (même artificielle) est une nécessité, pas un luxe.
  • Le froid et l’altitude ne sont pas que des inconforts : ils forcent votre corps à travailler plus, épuisant vos réserves physiques et mentales si vous ne les gérez pas activement.
  • L’équilibre social est une stratégie : l’isolement total et la fête excessive sont deux extrêmes qui accélèrent l’épuisement. La modération active est la clé.
  • La survie en saison d’hiver repose sur des routines proactives de protection (vêtements, hygiène, nutrition) et d’écoute des signaux d’alerte de votre corps.

Vous avez signé pour l’aventure : la neige, les montagnes majestueuses, l’ambiance unique de la vie de saisonnier. L’image d’Épinal est parfaite. Pourtant, après quelques semaines, un matin glacial, l’euphorie laisse place à une fatigue pesante, une irritabilité que vous ne vous connaissiez pas. Vous vous sentez à plat, physiquement et mentalement. On vous a certainement conseillé de « bien vous couvrir » ou de « profiter de la neige », mais ces conseils semblent dérisoires face à ce que vous ressentez.

Le problème est que ces recommandations passent à côté de l’essentiel. Elles traitent les symptômes, pas la cause profonde. Car la difficulté d’une saison d’hiver, surtout pour un débutant, n’est pas simplement une question de température. C’est un véritable choc environnemental qui s’attaque à vos ressources les plus fondamentales. Votre corps et votre esprit sont comme une batterie soumise à des conditions extrêmes : le froid constant, le manque de lumière et l’altitude la déchargent à une vitesse fulgurante.

Et si la clé pour survivre et même s’épanouir n’était pas de « tenir bon » en serrant les dents, mais d’apprendre à gérer activement cette batterie interne ? Si au lieu de subir, vous adoptiez les stratégies d’un explorateur ou d’un psychologue du sport pour préserver votre énergie ? C’est cette perspective que nous allons adopter. Cet article n’est pas une collection de conseils évidents, mais un véritable guide de survie psychologique et physiologique. Nous allons décortiquer les véritables ennemis du saisonnier en hiver et vous donner les outils concrets pour les neutraliser, un par un.

Pour vous guider à travers cette préparation, nous allons explorer les mécanismes invisibles qui vous affectent et les stratégies pratiques pour y faire face. Voici les points essentiels que nous aborderons pour transformer votre saison d’épreuve en saison de maîtrise.

Comment le manque de lumière en vallée encaissée affecte votre humeur (et comment y remédier) ?

Ce n’est pas une simple impression. Le sentiment de déprime qui s’installe en plein cœur de l’hiver est un phénomène physiologique bien réel, connu sous le nom de Trouble Affectif Saisonnier (TAS), ou « dépression saisonnière ». Le coupable principal est le manque d’exposition à la lumière naturelle. En montagne, les journées sont courtes et le soleil, souvent caché par les sommets, peine à atteindre le fond de la vallée. Ce manque de lumière dérègle votre horloge biologique interne et impacte la production de deux hormones clés : la mélatonine (l’hormone du sommeil), qui est surproduite, vous laissant léthargique, et la sérotonine (l’hormone du bien-être), dont le niveau chute, affectant votre humeur.

Cette condition n’est pas rare ; les études montrent que le TAS touche près de 1 à 3% de la population dans nos régions, un chiffre potentiellement sous-estimé dans les environnements de travail isolés comme les stations de ski. Pour un saisonnier débutant, ne pas prendre ce facteur au sérieux, c’est comme partir en expédition sans boussole. Heureusement, la solution la plus efficace est aussi simple que directe : la luminothérapie.

Il ne s’agit pas de « penser positif », mais d’agir concrètement sur votre biologie. L’idée est de compenser le manque de lumière naturelle par une exposition à une lumière artificielle de haute intensité ou en maximisant chaque rayon de soleil disponible. Voici comment intégrer cette stratégie à votre routine :

  • Investissez dans une lampe de luminothérapie : Une exposition de 30 minutes chaque matin à une lampe de 10 000 lux, placée à environ 50 cm du visage pendant que vous prenez votre petit-déjeuner, peut radicalement changer votre niveau d’énergie pour la journée.
  • Utilisez un simulateur d’aube : Se réveiller brutalement dans le noir est un stress pour l’organisme. Un simulateur d’aube reproduit le lever du soleil et prépare votre corps à un réveil en douceur, même si votre chambre est une cave.
  • Chassez le soleil : Profitez de votre pause déjeuner pour sortir sur une terrasse ensoleillée, ne serait-ce que 15 minutes. Même un ciel voilé laisse passer des rayons UV bénéfiques.
  • Prenez de l’altitude : Lors de vos jours de repos, planifiez des sorties en altitude pour passer au-dessus de la couche de nuages ou de l’ombre de la vallée. Retrouver un horizon dégagé et un grand ciel bleu a un effet psychologique immédiat.

Considérez la lumière non pas comme un confort, mais comme un nutriment essentiel à votre santé mentale. La gérer activement est la première brique de votre stratégie de survie hivernale.

La règle des 3 couches : comment rester chaud par -15°C quand on travaille aux remontées ?

Le froid est l’ennemi le plus évident, mais la façon de le combattre est souvent mal comprise. La platitude « habillez-vous chaudement » mène souvent à une erreur fatale pour le saisonnier : superposer des couches de coton ou enfiler une énorme veste de ski. Le résultat ? Vous transpirez pendant l’effort (installer des filets, déneiger une terrasse), l’humidité est piégée, et dès que vous vous immobilisez, le froid glacial vous saisit. C’est la recette parfaite pour tomber malade et épuiser votre « batterie interne ».

En tant que psychologue des milieux isolés, je peux vous assurer que l’inconfort thermique constant est un facteur de stress majeur qui ronge votre moral et votre capacité de concentration. La solution professionnelle, utilisée par les alpinistes et les travailleurs de l’extrême, est le système multicouche. Ce n’est pas une question de « chaleur », mais de « gestion de l’humidité et de la température ».

Ce système décompose votre protection en plusieurs couches modulables, chacune ayant un rôle précis. Maîtriser ce concept, c’est passer du statut d’amateur qui subit le froid à celui de professionnel qui le gère. Voici la décomposition de ce qui est souvent appelé la règle des 3 couches, que l’on peut étendre à 4 pour un travail statique.

Système de vêtements multicouches pour travail en montagne hivernale

Comme le montre cette image, chaque texture et chaque matière a son importance. L’objectif est de créer un microclimat autour de votre corps que vous pouvez ajuster en temps réel en ajoutant ou enlevant une couche. C’est une approche active et intelligente, bien plus efficace que de porter une armure thermique rigide. Voici les couches en détail :

  • Couche 1 (Base) : Un sous-vêtement technique en laine mérinos ou en matière synthétique. Son rôle est crucial : il doit évacuer la transpiration de votre peau pour vous garder au sec. Le coton est à proscrire absolument, car il absorbe l’humidité et devient un véritable réfrigérant.
  • Couche 2 (Isolation) : Une polaire ou une fine doudoune compressible. Cette couche emprisonne l’air chaud près de votre corps. Son épaisseur dépend de la température extérieure et de l’intensité de votre effort.
  • Couche 3 (Protection) : Une veste imperméable et respirante (type Gore-Tex ou équivalent). Elle vous protège du vent, de la neige et de la pluie, tout en permettant à la vapeur d’eau de s’échapper.
  • Couche 4 (Statique, optionnelle mais essentielle) : Une doudoune épaisse ou une surveste. C’est la couche que vous enfilez uniquement pendant les phases d’immobilité, comme lors de la surveillance des remontées mécaniques. Vous la retirez dès que l’effort reprend.

Cette approche proactive vous permet non seulement de rester au chaud et au sec, mais aussi de réduire la charge mentale liée à la lutte contre le froid, libérant ainsi une précieuse énergie pour vos autres tâches.

Fêtards ou Sportifs : choisissez votre camp pour survivre à la saison

L’une des plus grandes illusions de la vie de saisonnier débutant est de croire qu’il faut choisir entre deux caricatures : le fêtard invétéré qui profite de chaque soirée, ou l’athlète ascétique qui se couche à 21h pour être le premier sur les pistes. Cette vision binaire est un piège. En réalité, les deux extrêmes mènent au même résultat : l’épuisement et l’abandon prématuré de la saison. La vraie compétence de survie sociale ne consiste pas à choisir un camp, mais à naviguer intelligemment entre les deux.

D’un côté, la fête est un puissant outil d’intégration sociale, essentiel pour ne pas sombrer dans l’isolement. De l’autre, l’alcool et le manque de sommeil sont des poisons pour l’organisme en altitude. La consommation d’alcool, par exemple, déshydrate et perturbe la qualité du sommeil, ce qui peut entraîner, d’après les études sur la santé des travailleurs en altitude, une augmentation significative du temps de récupération après l’effort. Tenter de concilier un travail physique exigeant avec des nuits courtes et arrosées, c’est comme essayer de faire fonctionner un moteur avec du sable dans le réservoir.

À l’inverse, se couper de toute vie sociale pour préserver sa forme physique peut conduire à un isolement tout aussi destructeur. L’être humain est un animal social ; le sentiment d’appartenance à un groupe est un besoin psychologique fondamental, surtout dans un environnement nouveau et parfois hostile. La clé n’est donc pas l’abstinence, mais la gestion stratégique de son énergie sociale et physique.

Étude de cas : La stratégie de « l’athlète social »

Laurianne Montorio, serveuse de 24 ans à Val d’Isère, a développé une méthode qu’elle appelle « l’athlète social ». Consciente que l’équilibre est fragile, elle participe activement aux apéritifs et aux débuts de soirée pour maintenir le lien avec ses collègues, mais s’impose une règle : être rentrée avant minuit. Le lendemain matin est systématiquement consacré à quelques descentes à ski, non pas pour la performance, mais pour « réactiver le corps et l’esprit ». Elle a même créé un groupe WhatsApp, « Ski & Chill », qui rassemble d’autres saisonniers partageant cette philosophie. Cette approche lui permet de rester socialement intégrée et de préserver l’énergie nécessaire pour tenir toute la saison, évitant ainsi le crash de mi-saison que beaucoup connaissent.

Votre saison sera une réussite non pas en renonçant à la fête ou au sport, mais en devenant le manager de votre propre bien-être, en faisant des choix conscients chaque jour pour recharger votre batterie au lieu de la vider.

L’erreur de ne pas sortir de son appartement staff pendant les jours off

Après une semaine de travail intense, de cohabitation forcée et d’interactions constantes avec les clients, l’appel du « bunker » est puissant. Votre jour de congé arrive, et l’idée de rester au chaud dans votre lit, de « binge-watcher » une série et de ne parler à personne semble être le summum du luxe et de la récupération. C’est une erreur compréhensible, mais psychologiquement dangereuse. Ce repli sur soi, s’il devient systématique, est l’un des chemins les plus rapides vers le blues du saisonnier et l’épuisement mental.

Le problème de l’appartement « staff », souvent exigu, peu lumineux et partagé, est qu’il peut rapidement devenir une prison dorée. En y restant confiné, vous ne coupez jamais vraiment avec l’environnement de travail. Vous marinez dans la même atmosphère, avec les mêmes personnes, et vous vous privez de deux éléments essentiels à la récupération psychologique : le changement de perspective et l’oxygénation. Le cerveau humain a besoin de nouveauté et d’espace pour se régénérer. Rester enfermé ne fait qu’amplifier les petites frustrations et l’impression d’être piégé.

La solution n’est pas de vous forcer à des activités sociales ou sportives épuisantes, mais de planifier des « micro-aventures » douces. Il s’agit de rompre délibérément avec la routine de la station et l’enfermement de votre logement. Il faut voir vos jours « off » non pas comme des jours « de repos passif », mais comme des jours « de recharge active ».

Micro-aventure en vallée pendant jour de repos pour saisonnier

S’échapper, même pour quelques heures, dans la vallée ou sur un sentier tranquille, permet de littéralement « changer d’air ». La vue d’un paysage différent, le calme loin de l’agitation de la station, et l’effort physique modéré sont des remèdes souverains contre le sentiment d’étouffement. Voici un kit de survie « anti-bunker » pour vos jours de repos :

  • Micro-aventure en vallée : Prenez le bus local pour descendre dans le village voisin. Prévoyez un thermos de thé chaud et un sandwich. Le simple fait de changer d’altitude et de décor (budget : moins de 10€) suffit à réinitialiser votre état d’esprit.
  • Randonnée raquettes facile : Explorez un des sentiers balisés autour de la station. Une sortie de deux heures suffit à oxygéner votre cerveau, à vous exposer à la lumière et à produire des endorphines.
  • Session créative collective : Proposez un atelier cuisine dans l’espace commun. Préparer des plats d’une autre culture est une excellente façon de socialiser différemment et de voyager sans bouger.
  • Culture locale : Sortez de la « bulle » de la station en allant visiter une église baroque, un musée local ou une fromagerie. Cela vous connecte à l’histoire et à la culture de la région, donnant plus de sens à votre présence ici.

Rompre avec l’isolement volontaire de votre appartement est une discipline. C’est l’acte conscient de choisir la recharge active plutôt que l’épuisement passif.

Quand faire une cure de vitamines pour éviter la grippe qui circule dans les logements collectifs ?

La vie en logement collectif est un terrain de jeu idéal pour les virus. La promiscuité, la fatigue générale et les espaces communs surchauffés et peu aérés créent une véritable « autoroute à microbes ». Attendre de tomber malade pour réagir est une stratégie perdante. La prévention, ici plus qu’ailleurs, est la clé. Il ne s’agit pas de gober des vitamines au hasard, mais de mettre en place un véritable plan de blindage immunitaire, combinant une supplémentation ciblée et des règles d’hygiène collectives strictes.

Votre corps, déjà mis à rude épreuve par le froid et l’altitude, a des besoins accrus. Une alimentation de saisonnier, souvent rapide et peu équilibrée, ne suffit pas toujours à combler ces besoins. Une supplémentation intelligente, planifiée au fil de la saison, peut faire une réelle différence. Il ne s’agit pas de remplacer une bonne alimentation, mais de la renforcer aux moments critiques.

Voici un calendrier de supplémentation stratégique, pensé pour anticiper les baisses de régime et soutenir votre organisme tout au long de l’hiver.

Calendrier de supplémentation pour saisonniers
Période Suppléments recommandés Dosage Objectif
Pré-saison (novembre) Vitamine D + Zinc 1000 UI/j + 15mg/j Construire les défenses
Pic fatigue (janvier-février) Magnésium + Vitamine C 300mg/j + 500mg/j Maintenir l’énergie
Fin saison (mars) Probiotiques + B-complexe 10 milliards UFC + 1 comprimé/j Éviter le crash final

Cependant, aucune cure de vitamines ne sera efficace si les règles d’hygiène de base ne sont pas respectées dans votre logement. La responsabilité est à la fois individuelle et collective. Mettre en place une charte simple avec vos colocataires peut drastiquement réduire les risques de contamination croisée.

Plan d’action pour une cohabitation saine

  1. Points de contact : Listez tous les points de contact à haut risque dans le logement (poignées de porte, interrupteurs, télécommandes, robinets de la cuisine et de la salle de bain).
  2. Collecte : Faites l’inventaire des produits de nettoyage disponibles et de ce qui manque (lingettes désinfectantes, spray, etc.).
  3. Cohérence : Établissez une règle simple et visible (ex : « On aère 10 min matin et soir ») et mettez en place un planning de désinfection hebdomadaire des points de contact listés.
  4. Mémorabilité/émotion : Créez une « Zone Quarantaine » symbolique pour les affaires d’une personne malade (sa propre tasse, ses couverts à part) pour visualiser et respecter la barrière sanitaire.
  5. Plan d’intégration : Installez des distributeurs de gel hydroalcoolique à des endroits stratégiques (entrée, cuisine) pour en faire un réflexe.

En prenant les devants, vous cessez d’être une victime potentielle des virus hivernaux pour devenir l’architecte de votre propre forteresse immunitaire.

Adrénaline ou anxiété : comment reconnaître quand vous basculez dans le rouge ?

Le travail de saisonnier est un mélange grisant d’adrénaline et de stress. Le coup de feu du service de midi, la descente parfaite dans la poudreuse, la satisfaction d’une journée bien remplie… ces moments génèrent un « bon stress » qui vous stimule. Mais il existe une ligne fine et dangereuse. Quand la fatigue s’accumule, ce stress positif peut se transformer en anxiété chronique, en irritabilité et en un sentiment d’épuisement profond. Apprendre à reconnaître les signaux avant de « basculer dans le rouge » est une compétence de survie psychologique essentielle.

Beaucoup de débutants ignorent ces signaux, les mettant sur le compte de la « fatigue normale » ou tentant de « forcer » le passage. C’est une erreur. Votre corps et votre esprit vous envoient des messages clairs. Les ignorer, c’est risquer le burn-out du saisonnier, cet état où l’épuisement est tel que la seule issue semble être d’abandonner. La perception de la fatigue et de la douleur est très subjective, comme le rappelle justement une voix du terrain.

Nous ne sommes pas tous égaux face à l’angoisse, la douleur ou la fatigue. En tant que pisteur-secouriste, nous avons tous pris en charge des skieurs qui souffraient de fractures plutôt graves et qui n’exprimaient quasi rien, et à l’inverse, des skieurs qui n’avaient pas grand-chose et qui exprimaient une douleur à 8/10.

– Éric Viallet, Président de l’Association nationale des directeurs de pistes (ANDP)

Cette citation souligne un point crucial : seule vous pouvez évaluer votre propre état. Il est donc vital d’apprendre à vous auto-observer sans jugement, en utilisant une checklist de signaux d’alerte. Si vous cochez plusieurs de ces cases, il n’est plus temps de « tenir bon », mais d’agir : ralentir, demander de l’aide, prendre un vrai temps de repos.

Voici la checklist des signaux d’alerte de l’épuisement du saisonnier :

  • Le cynisme croissant : Vous commencez à avoir des pensées négatives et méprisantes envers les clients (« encore un touriste qui ne sait pas mettre ses skis »). C’est un mécanisme de défense typique de l’épuisement émotionnel.
  • L’irritabilité disproportionnée : Vous vous emportez pour des détails mineurs avec vos colocataires ou vos collègues. Votre patience, une ressource cognitive limitée, est à sec.
  • La perte d’appétit ou la suralimentation : Malgré l’effort physique, votre rapport à la nourriture change drastiquement. C’est un signe que votre système de régulation interne est perturbé.
  • La perte de la « flamme » : L’idée même d’aller skier ou de sortir pendant vos jours de congé vous épuise. Vous préférez rester au lit. Ce qui vous motivait est devenu une corvée.
  • La fatigue persistante : Vous avez l’impression de ne jamais récupérer, même après une nuit de 8 heures ou plus. Le sommeil n’est plus réparateur.
  • Les pensées d’abandon : L’idée de « tout plaquer et rentrer » devient récurrente et de plus en plus séduisante.

Reconnaître que vous approchez de la zone rouge n’est pas un signe de faiblesse, mais une preuve de conscience de soi. C’est ce qui vous permettra de prendre les mesures correctives nécessaires pour finir la saison, non pas en survivant, mais en étant encore debout et fonctionnel.

Comment protéger votre peau et vos voies respiratoires de l’air sec d’altitude ?

Un des agresseurs les plus insidieux de l’hiver en montagne n’est pas le froid, mais la sécheresse. L’air en altitude contient beaucoup moins d’humidité qu’en plaine. Ajoutez à cela le chauffage électrique qui tourne à plein régime dans les logements sur-isolés, et vous obtenez un environnement aussi sec que le Sahara. Le résultat ? Une peau qui tiraille, des lèvres gercées, une gorge sèche au réveil, des saignements de nez et une irritation constante des voies respiratoires qui vous rendent plus vulnérable aux infections. Lutter contre cette déshydratation de l’intérieur et de l’extérieur est fondamental.

La plupart des saisonniers se concentrent sur l’application de crèmes hydratantes. C’est une bonne première étape, mais c’est insuffisant car cela ne traite qu’une partie du problème. Il faut adopter une stratégie sur deux fronts : l’hydratation interne de votre organisme et l’humidification de votre environnement immédiat.

Une étude menée dans les stations alpines a mis en lumière un fait contre-intuitif : l’hydratation de la peau vient avant tout de l’intérieur. Les saisonniers qui consommaient régulièrement des bouillons et des soupes riches en minéraux (sel, potassium) maintenaient une bien meilleure hydratation cutanée que ceux qui buvaient uniquement de l’eau. Les électrolytes aident le corps à retenir l’eau, ce qui est crucial lorsque l’air ambiant cherche constamment à vous en dérober. Pensez donc à intégrer soupes, bouillons et tisanes dans votre quotidien.

Parallèlement, il est impératif d’augmenter le taux d’humidité dans votre chambre, surtout la nuit. Nul besoin d’investir dans un équipement coûteux ; des astuces simples et efficaces, connues sous le nom de « hacks de grand-mère », peuvent transformer votre studio surchauffé en un havre plus respirable.

  • Hack 1 : Le séchoir à linge malin. Faites sécher votre linge à l’intérieur sur un étendoir. L’évaporation de l’eau des vêtements humides augmentera naturellement l’humidité de la pièce tout en vous faisant économiser le prix du sèche-linge.
  • Hack 2 : Le bol d’eau sur le radiateur. Placez simplement un bol en céramique rempli d’eau sur chaque radiateur. La chaleur provoquera une évaporation lente et continue.
  • Hack 3 : L’humidificateur USB. Pour un investissement modique (20-30€), un mini-humidificateur portable placé sur votre table de nuit peut faire une énorme différence pour vos voies respiratoires pendant le sommeil.
  • Hack 4 : Le spray nasal salin. Juste avant de dormir, une pulvérisation de solution saline (eau de mer) dans chaque narine aide à maintenir les muqueuses hydratées et à prévenir les irritations et saignements.

En menant cette bataille sur deux fronts, vous protégez non seulement votre confort, mais aussi votre première ligne de défense immunitaire contre les agressions de l’hiver.

À retenir

  • La lumière n’est pas un luxe, mais un nutriment essentiel pour votre cerveau. Gérez votre exposition comme vous gérez votre alimentation.
  • Votre confort thermique et votre équilibre social ne sont pas des détails, mais des piliers de votre endurance. Une gestion proactive est requise.
  • Votre corps vous parle constamment à travers des signaux de fatigue ou de stress. Apprendre à les écouter est la compétence de survie la plus importante.

Comment gérer la fatigue liée au travail à 2000m d’altitude ?

La fatigue que vous ressentez en saison n’est pas « normale ». Elle est exponentielle. Si vous avez l’impression que chaque effort vous coûte plus d’énergie qu’en plaine, vous avez raison. Ce n’est pas un signe de faiblesse, mais une réalité physiologique. À 2000 mètres d’altitude, la pression atmosphérique est plus faible et l’oxygène se fait plus rare. Pour compenser, votre corps doit travailler beaucoup plus dur pour accomplir la même tâche. Il est scientifiquement prouvé que cela induit une augmentation de 10 à 20% de l’effort cardiaque, même au repos.

Cette « dette en oxygène », appelée hypoxie, est la source principale de la fatigue d’altitude. Elle explique pourquoi vous êtes essoufflé plus vite, pourquoi la récupération est plus lente et pourquoi votre sommeil peut être perturbé. Ignorer ce facteur, c’est comme essayer de courir un marathon avec des poids aux chevilles sans comprendre pourquoi on avance moins vite. La clé n’est pas de « forcer » davantage, ce qui ne ferait qu’accélérer l’épuisement, mais d’adopter des stratégies de récupération active et d’optimisation de votre métabolisme.

La récupération n’est pas simplement l’absence de travail. C’est un processus actif qui demande autant de discipline que l’effort lui-même. Il s’agit de donner à votre corps les outils et le temps nécessaires pour se réparer et se recharger dans des conditions difficiles. Voici un programme de récupération active spécialement conçu pour les saisonniers :

  • La sieste éclair stratégique : Une sieste de 20 minutes maximum (alarme obligatoire !) après le service de midi peut suffire à réinitialiser votre système nerveux et à recharger votre vigilance pour l’après-midi. Dépasser cette durée vous fera entrer dans un cycle de sommeil profond et vous risquez de vous réveiller encore plus fatigué.
  • La nutrition « fer + vitamine C » : Le fer est essentiel au transport de l’oxygène dans le sang, un processus mis à mal en altitude. Consommez des aliments riches en fer comme les lentilles, la viande rouge ou les épinards, et associez-les toujours à une source de vitamine C (un filet de jus de citron, un kiwi) qui en multiplie l’absorption.
  • Le ski de récupération : Vos jours off ne sont pas forcément faits pour la performance. Consacrez du temps à des descentes douces sur des pistes vertes, en vous concentrant sur la technique et les sensations plutôt que sur la vitesse. Cela maintient l’activité musculaire sans puiser dans vos réserves.
  • L’hydratation intelligente : Pendant le travail, optez pour une boisson isotonique « maison » (1 litre d’eau + 1 cuillère à soupe de miel + 1 pincée de sel). Le sucre fournit de l’énergie rapide et le sel aide à la rétention d’eau.
  • Les étirements du soir : Dix minutes de yoga doux ou d’étirements légers avant de vous coucher aident à relâcher les tensions musculaires de la journée et préparent votre corps à un sommeil plus profond et réparateur.

Maintenant que vous avez toutes les cartes en main, il est crucial de ne jamais oublier les principes fondamentaux de la gestion de la fatigue en altitude pour construire un plan durable.

En intégrant ces routines à votre quotidien, vous cessez de subir la fatigue et commencez à la gérer. Vous transformez votre corps d’une machine qui s’épuise en un système que vous savez entretenir et optimiser, vous donnant ainsi les moyens de profiter pleinement de votre saison jusqu’au dernier jour.

Rédigé par Maxime Berger, Saisonnier itinérant depuis 15 ans. Expert en logistique de vie nomade, logement staff et gestion financière pour saisonniers.